
En ce début du mois de septembre 1957, le jeune fils d’émigrés polonais de la cité des Plantigeons de Carvin, Zénon Turbanski, âgé de 15 ans, ne se doutait pas qu’en franchissant pour la première fois les portes du stade des Mines d’Ostricourt — actuel stade municipal Guy Drut — afin de signer sa licence de minime 2e année à la section athlétisme de l’Étoile d’Oignies, il allait débuter une aventure humaine et sportive qui, 65 ans plus tard, totaliserait des milliers d’heures passées sur les stades régionaux et nationaux, d’abord comme athlète, puis surtout comme entraîneur.
Arrivé au stade des Mines d’Ostricourt sous l’ère des deux compères « Legrain-Bouleux », Zénon découvre l’athlétisme aux côtés de Rolland Bellet, Bronek Blonski et Pierre Legrain. Il se fait d’abord remarquer dans les cross-country avant de s’affirmer comme l’un des meilleurs juniors régionaux de l’Étoile d’Oignies au lancer du javelot, dans les différentes disciplines de saut — notamment le triple saut — et surtout dans les épreuves combinées.
C’est au décathlon qu’il obtient ses plus belles performances. En 1968, sur la piste des Stellistes, il décroche la médaille d’argent des championnats des Flandres seniors avec un total de 5 289 points. Cette même saison, il atteint la 42e place des bilans nationaux, son meilleur classement français.
Ses qualités polyvalentes lui permettent d’abord d’être un remplaçant précieux lors des interclubs avant de s’imposer progressivement au sein de l’équipe première pendant la grande épopée de l’Étoile d’Oignies, entre 1961 et 1965. Durant cette période faste, il est sélectionné à trois reprises dans l’équipe des Flandres pour participer aux matchs inter-ligues.
Parallèlement à sa carrière d’athlète, le moniteur-chef Pierre Legrain lui accorde rapidement sa confiance et l’intègre, dès 1961 — Zénon n’a alors que 19 ans — à l’équipe des éducateurs du club. Comme beaucoup d’entraîneurs de l’Étoile d’Oignies, il mène alors de front une double carrière d’athlète et d’entraîneur. Mais après quinze années de pratique, l’athlète Zénon s’efface progressivement au début des années 1970 pour laisser toute la place à l’entraîneur passionné que beaucoup connaissent encore aujourd’hui.
Animé par un besoin permanent de transmettre ses connaissances, ce futur maître-formateur des établissements du bassin minier s’investit rapidement dans les formations fédérales de la FFA. Il obtient brillamment les diplômes fédéraux du 1er degré régional en 1965, du 2e degré interrégional en 1966, avant de sortir major de la promotion nationale 1967 du 3e degré à l’INSEP.
D’abord discret, il devient rapidement reconnu par ses pairs pour la pertinence de ses analyses techniques, aussi bien au sein de l’Étoile d’Oignies que dans ses fonctions de responsable du décathlon Inter-Nord auprès de la Direction Technique Nationale de la FFA.
À une époque où le ministère recrutait des conseillers en natation afin de permettre à tous les enfants d’apprendre à nager, Jeunesse et Sports le détache à Liévin afin de former les maîtres et PEGC du département autour du programme du « Bassin Mobile » et des « 1000 piscines ». Il exercera cette mission pendant trois années. Par la suite, l’Inspection académique le nomme conseiller pédagogique auprès des établissements spécialisés accueillant des enfants en situation de handicaps multiples dans le Pas-de-Calais.
Pour Zénon, le temps compte autant que les centimètres… mais il ne compte jamais le temps qu’il consacre bénévolement aux athlètes qui passent entre ses mains expertes. Il serait impossible d’établir la liste complète des Stellistes ayant bénéficié de ses conseils. Et nombreux sont ceux qui regrettent de ne pas avoir croisé sa route durant son retrait des stades entre 1981 et 2003.
Parmi les athlètes qui ont marqué les esprits au niveau national et qui ont bénéficié de son accompagnement, on peut notamment citer : Sylvain Houzé, René Gruchala, Jean-Pierre Elsner, Jean-Pierre Sowa, Bruno et Bertrand Petit, Dominique Geleyn, Anne-Pascale Legrain, Guy Drut, Bernard Bryl, Alain Nowacki, Dominique Urbaniak… sans oublier celui qui restera certainement sa plus grande fierté sportive : son neveu Bernard Turbanski (1952-2022), international français de décathlon.
Au début des années 2000, Zénon reprend du service avec, cette fois, une piste en tartan comme nouveau terrain d’expression. Fidèle à ses spécialités, il devient un mentor reconnu dans les sauts, le javelot et les épreuves combinées. De nombreux perchistes, lanceurs et combinards profitent alors de son expérience et de sa rigueur : Pauline Roger, Roxane M’Beri, Marion Malbranque, Coralie Ville, Ania Konarkowska, Élodie Deleglise, Annouck Averland, Émilie Bertin, Salomée Bril, Thomas Maleszka, Benjamin Delecroix, Carl Vanmarcke, Benoît Vermersch, Rémi Ervel, Pierrick Vanmoerbeke, Valentin Lerouge, Michel Valet, Loïc et Romain Duflos, Julien Hoarau, Yann Dujardin, Saad Ferhatia, Rémi Davoine, Antoine Brouillard… et bien d’autres encore.
Parmi eux figure également Quentin Stoupy, spécialiste du lancer du javelot, médaillé lors d’un championnat national en 2019.
Plus qu’un entraîneur, Zénon Turbanski demeure aujourd’hui une mémoire vivante de l’athlétisme régional, un passeur de savoir et un homme de terrain dont l’engagement bénévole aura marqué plusieurs générations d’athlètes.